Je vous parlais hier d'Helter Skelter, considérée à l'époque comme une chanson violente. Si je ne vous ai pas totalement convaincu, je pense que cette anecdote sanglante vous fera vite changer d'avis...


Charles Manson Image transparente Personne ne sera étonné de savoir que les Beatles ont touché toute sorte de public. Tant mieux pour eux, pourrait-on penser. Sauf que si l'on peut se réjouir de toucher toutes les tranches d'âges, toutes les catégories socio-professionelles (etc.), cette popularité quasi universelle est un peu plus dure à assumer quand un album du groupe inspire un illuminé aux pulsions meurtrières.

Charles Milles Manson a 32 ans en 1966. Son parcours à ce moment là est déjà assez peu conventionnel : sa mère ayant purgé une peine de prison pour vol à main armée, puis ayant perdu son droit de garde à cause de son alcoolisme, le petit Manson est trimbalé de foyers en foyers, fera quelques excursions en maisons de corrections, subira quelques peines d'internement ainsi que quelques séjours en prison.

C'est en 1966 donc qu'il fonde une communauté hippie dont il devient très vite le leader (pour ne pas dire le gourou). A cette époque, Manson se présente comme une réincarnation du Christ (tant qu'à faire !) et nomme sa petite communauté "la Famille". Le petit groupe vit de vols et de traffic de drogue. Les femmes y sont considérées comme des objets sexuels, de nombreux enfants naissent d'ailleurs au sein de la communauté.

Durant quelques mois, la personnalité quelque peu déséquilibrée de Manson, bien aidée par l'abus de susbtances psychédéliques, va élaborer un scénario apocalyptique, dans lequel les noirs doivent éradiquer la population blanche. Selon Manson, la prophétie est "clairement" exposée dans l'album Blanc des Beatles, qu'il considère comme sa Bible. Les quatre musiciens auraient glissé dans leurs chansons des messages qui lui sont directement adressés. Voici les principales chansons qui - selon Manson - comportent des messages clairs et précis :

The Beatles - White Album Helter Skelter :
Helter Skelter désigne normalement une attraction de fête foraine. Manson interprétera ces mots comme "désordonné et confusion". C'est ainsi qu'il baptisera sa guerre apocalyptique entre les noirs et les blancs, qui selon lui commencera en 1969. Assez contradictoire d'ailleurs, il semblerait que dans sa prophétie les noirs soient les grands vainqueurs, mais qu'incapables de diriger le monde, ils donnent les commandes à Manson et à sa Famille.

Piggies :
Il s'agit d'une chanson de George Harrison, dans laquelle les Piggies représenteraient les blancs, membres de l'Establishment. On peut entendre dans la chanson la phrase "What they need's a damn good whacking" (ce dont ils ont besoin, c'est d'une sacrée bonne raclée), passage qu'affectionnait particulièrement Manson.

I Will :
Manson décèle dans ce morceau une phrase lui indiquant d'écrire une chanson, afin que l'on puisse le retrouver dans son abri dans le désert. La phrase en question est : "And when at last I find you / Your song will fill the air / Sing it loud so I can hear you / Make it easy to be near you" (Et quand finalement je te trouverai, ta chanson remplira les airs. Chante-la fort que je puisse t'entendre et qu'il soit facile de te rejoindre)

Blackbird :
Dans cette ballade, Paul McCartney dit que le petit merle "was only waiting for this moment to arise" (il n'attendait que ce moment pour prendre son envol). Confusion entre le merle (blackbird / oiseau noir) et les personnes noires, ainsi que l’ambiguïté du mot "arise" (prendre son envol pour un oiseau, ou s'émanciper/se soulever pour une foule), pour Manson il est clair qu'il s'agit là de l'annonce de la révolte des noirs, qui bientôt gagneront la bataille.

Revolution 9 :
Manson fait un parallèle entre ce collage sonore et un passage de la bible nommé "Révélation 9". Lors des passages où John Lennon hurle "Right", Manson y entend encore une fois le mot "Rise", ordonnant aux noirs de se révolter.

Honey Pie :
Dans cette petite chanson d'amour, Paul McCartney s'adresse à une américaine, et lui dit "Sail across the Atlantic/ To be where you belong" (traverse l'Atlantique pour être là où tu devrais être). Pour Manson, cela veut dire que les Beatles vont bientôt venir aux USA pour rejoindre la Famille. Manson et ses amis écriront d'ailleurs plusieurs lettres aux Beatles leur expliquant comment les retrouver dans le désert. Lettres qui resteront évidemment sans réponse.

Alors évidemment, exposé ainsi, cette interprétation de l'album Blanc par un dingo complètement drogué peut prêter à sourire. Et ça pourrait effectivement être amusant si Manson n'était pas passé à l'acte...
Pour déjouer le plan apocalyptique des noirs, Manson élabore une parade : commettre des crimes, et faire porter le chapeau à des noirs (basique comme parade, on est d'accord).

Le 9 août 1969, Charles « Tex » Watson, Patricia Krenwinkel et Susan Atkins, membres de la Famille, pénètrent dans la maison de Sharon Tate, la femme de Roman Polanski, alors enceinte de 8 mois, et la tuent, ainsi que quatre autres personnes (Abigail Folger, Jay Sebring, Wojciech Frykowski et Steven Parent).
Dans la maison, les membres de la Famille écrivent sur les murs à l'aide du sang de leur victimes les mots "Helter Skelter" et "Death to Pigs", en référence aux chansons de Beatles.

Le lendemain, Watson, Atkins et Van Houten assassinent Leno et Rosemary LaBianca, un riche couple de Los Angeles.
Bobby Beausoleil, Marie Brunner et Susan Atkins sont également responsables du meurtre de Gary Hinman le 25 juillet 1969.

Les premières recherches pour identifier et retrouver les meurtriers sont infructueuses, les brigades de police de Los Angeles ne faisant pas le lien entre les meurtres du 25 juillet, du 9 et du 10 août. L'enquête progresse lorsque la police arrête par hasard Kitty Lutesinger, la petite amie de Bobby Beausoleil et que Susan Atkins, emprisonnée pour vol de voiture, confie ses meurtres à des codétenues.
Charles Manson aujourd'hui Image transparente
Manson - qui n'a jamais été sur les lieux des différents crimes - ne sera "que" le commanditaire des différents meurtres. Il sera tout de même reconnu coupable le 25 janvier 1971 d'avoir dirigé les assassins et sera condamné à la peine de mort le 29 mars. Il obtiendra finalement une peine de prison à vie, après que la peine de mort fut annulée par la Cour Suprême.

Aujourd'hui, Charles Manson est toujours vivant, il a 79 ans.


(Véracité de l'anecdote : Note Rock Note Rock Note Rock Note Rock Note Rock | Source : University of Missouri - Kansas City)